Tribune du Collectif des Combattantes et Combattants Francophones du Rojava

Tribune du collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava en soutien à leur camarade incarcéré paru dans lundimatin#273, le 1er février 2021.    

Le 8 décembre dernier neuf personnes étaient interpellées par la police antiterroriste et placées en garde à vue pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Pour beaucoup, ces arrestations ont ranimé le souvenir de la dernière affaire antiterroriste associée par la presse à « l’ultra-gauche » : l’affaire dite de Tarnac.

Ce qui saute pourtant aux yeux, avec ces nouvelles arrestations, ce sont les différences de traitement médiatique : il y a douze ans, les 9 de Tarnac n’étaient pas encore dans leur cellule de garde à vue que l’affaire était déjà propulsée à la Une des journaux. Pendant plusieurs mois, les soubresauts de l’enquête avaient encore occupé une large place dans la presse. Aux « indiscrétions » policières répondaient des tribunes et des interviews. Des pans entiers du dossiers étaient régulièrement débattus dans les journaux. Toute l’instruction s’est d’ailleurs accompagnée d’une bataille médiatique (qui a notamment abouti au dessaisissement du juge d’instruction).

Le dénouement de l’affaire Tarnac a visiblement conduit à une jurisprudence tacite qui a rendu frileux le parquet antiterroriste à l’idée de se saisir d’enquêtes estampillées « ultra-gauche ». Une « jurisprudence » qui s’est visiblement terminée en décembre dernier.

Le relatif silence médiatique qui entoure cette nouvelle instruction peut être interprété comme une frilosité de l’accusation. Ou comme un changement de stratégie. Si c’est le cas, le raisonnement doit être peu ou prou celui-ci : fanfaronner c’est prendre le risque de nourrir un possible soutien vis-à-vis des personnes incarcérées. Et donner l’opportunité pour la défense, comme ce fut le cas par le passé, de rapidement attaquer et dégonfler l’accusation très politique qu’est celle de terrorisme. Si pour le moment, nous n’en savons pas davantage sur cette affaire que ce que les autorités ont bien voulu en laisser fuiter avec l’honnêteté qu’on ne pourra jamais leur accorder, nous avons reçu cette tribune écrite par des combattantes et combattants francophones du Rojava qui vient pourfendre la narration diffusée par les services de renseignement, la police antiterroriste, le parquet lui aussi antiterroriste et le ministère de l’Intérieur.

L’arrestation de l’un des nôtres

En décembre dernier, sept personnes ont été arrêtées par la DGSI et mises en examen pour « association de malfaiteurs terroriste ». Un ancien volontaire du YPG, les forces armées du Kurdistan syrien, a été désigné comme le meneur du groupe et incarcéré. De cette affaire nous ne connaissons que ce qui a fuité dans la presse. Quelques armes de chasse, des produits accessibles dans le commerce et « pouvant entrer dans la confection d’explosifs », des réunions en forêt, de prétendus aveux de membres les « moins impliqués » du groupe. En dehors de cela, rien : pas de liste de cibles, ni de projet défini de passage à l’acte. La justice antiterroriste reposant sur le procès d’intention, ces quelques éléments ont été interprétés comme la preuve de préparatifs d’une attaque contre les forces de l’ordre. Pour compenser la maigreur du dossier, l’attention s’est focalisée sur les personnalités des accusés : un « artificier à Disneyland », une personne qui aurait eu des contacts avec une guérilla colombienne et surtout un militant « parti en Syrie combattre dans un groupe affilié au YPG ». Ces « profils inquiétants » se sont retrouvés étalés dans la presse, avec une mise en scène grossière destinée à susciter la peur et à faire taire toute réflexion n’allant pas dans le sens des théories policières. La DGSI a orchestré ces fuites en livrant aux médias les identités et les photos (à peine floutées) des mis en cause. Pendant des jours, les éléments du dossier ont été transmis à la presse au mépris du secret de l’instruction. A longueur d’articles, les accusés ont été exhibés comme des trophées de chasse par la DGSI. La presse de droite et d’extrême droite s’en est donnée à cœur joie. Les projecteurs ont été braqués sur notre camarade : une photo en noir et blanc, avec un fin rectangle noir sur les yeux, une légende le décrivant comme « SDF », « ne travaillant pas » et « ayant combattu en Syrie ». Ce portrait trompeur du nouvel ennemi public numéro un repose sur un mélange de jugement de valeur sur son mode de vie et d’informations parcellaires sur son engagement politique. Notre camarade était en Syrie pour combattre Daech. Il a pris part en 2017 à la libération de Raqqa, la capitale du groupe jihadiste. Raqqa est aussi la ville où les attentats de Paris ont été planifiés et où la plupart de ses auteurs ont été entraînés. Si la France n’a pas connu d’attentats de grande ampleur depuis des années, c’est grâce à la libération de Raqqa à laquelle notre camarade a participé au péril de sa vie. En combattant en Syrie ce dernier a donc directement contribué à la sécurité des Français, ce que le tribunal médiatique s’est bien gardé de mentionner. Comment en effet faire rentrer dans leur narration à charge que l’accusé ait donné bien plus à la lutte contre le terrorisme que les policiers, procureurs et journalistes qui l’accusent aujourd’hui d’être un « terroriste d’ultragauche » ?

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter au début de l’engagement de volontaires internationaux en Syrie. Entre 2015 et 2019, une trentaine de français ont répondu à l’appel des populations du Rojava pour protéger la paix en participant à la guerre de légitime défense contre Daech et l’armée turque. La DGSI a immédiatement établi un tri entre les « mauvais » volontaires, se réclamant d’une idéologie révolutionnaire, et les « bons » volontaires, anciens militaires ou apolitiques, qui pour certains ne furent même pas auditionnés à leur retour en France. Ceux qui étaient identifiés comme de potentiels membres de « l’ultragauche » se retrouvèrent systématiquement « fichés S » et firent l’objet d’une surveillance active, tout en étant coupables de rien d’autre que d’un délit d’opinion. Arrestations à l’aéroport, menaces sous forme de conseils paternalistes, pressions sur nos familles, nous sommes nombreux à avoir fait l’objet de tentatives d’intimidation plus ou moins voilées de la part des services de sécurité. Fin 2016, la DGSI fit irruption chez l’un d’entre nous pour lui retirer son passeport et sa carte d’identité, afin de l’empêcher de retourner au Kurdistan syrien. Le ministère de l’Intérieur affirmait alors que ce combattant du YPG pouvait être à l’origine « de graves troubles à l’ordre public » et était susceptible d’utiliser son expérience militaire « dans des attaques contre les intérêts français, en lien avec l’ultragauche révolutionnaire ». Ces accusations complètement fantaisistes furent balayées par le tribunal administratif de Paris quelques mois plus tard. Le ministère de l’Intérieur fut ensuite contraint de lui rendre ses documents d’identité et de lui verser des dommages et intérêts. En dépit de cette victoire judiciaire, nous savions que la DGSI nous garderait dans son collimateur et était prête à tout, y compris à des accusations sans preuves, pour nous faire rentrer dans le moule qu’elle avait créée : celui de dangereux vétérans d’ultragauche cherchant à importer la violence du conflit syrien de retour chez eux. Cette caricature a été construite dès le départ, ex-nihilo, avant même que l’un d’entre nous ne remette les pieds sur le territoire français. Même si de retour en France aucun volontaire n’a jamais été impliqué dans des actions violentes, la DGSI attendait patiemment l’occasion de piéger l’un d’entre nous, pour pouvoir enfin donner une crédibilité à ses fantasmes. L’année dernière, elle a communiqué à notre sujet par le biais de journalistes de Mediapart. Ces derniers, désireux de renvoyer l’ascenseur aux sources qui les informent sur d’autres sujets, ont déroulé le tapis rouge à l’argumentaire délirant du ministère de l’Intérieur. Un camarade parti en vacances en Amérique du Sud se retrouvait accusé d’avoir essayé de nouer des contacts avec une guérilla colombienne, un autre fréquentant la ZAD aurait prétendument tiré une fusée éclairante sur un hélicoptère de la gendarmerie, des dégradations d’antennes téléphoniques, de bornes Vélib ou de fourgons de police nous étaient également associées. Ces fables anxiogènes, parfaitement déconnectées de toute réalité, venaient confirmer ce que nous savions déjà : jusqu’à ce qu’il ait trouvé le coupable idéal, le ministère de l’Intérieur ne renoncerait pas à l’entreprise de diabolisation dont nous faisions l’objet.

En plus de chercher une revanche sur l’affaire Tarnac, les services de sécurité poursuivent depuis des années un double objectif : criminaliser l’internationalisme et nous utiliser comme des épouvantails pour stigmatiser l’ensemble de la gauche révolutionnaire française. En plein tôlé sur la loi relative à la sécurité globale, on peut reconnaître à la DGSI qu’elle fabrique des terroristes au moment opportun, au service d’un gouvernement qui nous conduit chaque jour un peu plus vers un Etat policier. Laurent Nuñez, faisant preuve d’une incroyable malhonnêteté intellectuelle, a récemment enfoncé le clou en rappelant dans une interview donnée au Figaro qu‘une « dizaine de militants d’ultragauche sont allés s’aguerrir au Rojava ». Alors que nous nous retrouvons collectivement mis en cause par le conseiller à l’anti-terrorisme du président Macron, une mise au point est nécessaire. Nous sommes allés au Rojava avec la volonté de défendre une révolution basée sur la démocratie directe, la coexistence pacifique entre communautés, l’égalité femmes-hommes et le juste partage des richesses, autant de valeurs dont l’Etat français se réclame sans jamais les appliquer. Pour ce faire nous n’avons pas cherché à nous « aguerrir », nous avons combattu les jihadistes de Daech au moment où, à Paris et à Nice, ils massacraient des centaines de personnes en profitant de l’incompétence des services de sécurité supposés nous protéger. Les termes « allés s’aguerrir » laissent supposer que le Rojava n’était qu’un prétexte, un moyen d’acquérir une expérience militaire que nous souhaitions en réalité utiliser dans notre pays d’origine. Nous répondions précisément à la logique inverse. Nous avions besoin de ces compétences militaires pour combattre Daech et défendre l’existence du Rojava mais avoir acquis un tel savoir faire ne signifie pas que voulions l’utiliser de retour en France, ou que la lutte armée serait subitement devenue le seul moyen d’action de notre répertoire militant. Nous ne sommes pas des amis de ce gouvernement, de ses chiens de garde et du système qu’ils servent, c’est un fait, mais nous les combattons par des moyens démocratiques et non par la violence comme nos accusateurs l’insinuent. La véritable prolongation de notre combat c’est le témoignage. Nous transmettons ce que nous avons vu et appris au Kurdistan à travers un livre dont nous recommandons la lecture à ceux qui voudraient essayer de nous comprendre, loin des clichés véhiculés par le ministère de l’Intérieur et par les médias à ses ordres [1]. Alors que la DGSI nous dépeint en comploteurs ou en vandales, nous avons en réalité passé ces dernières années à reprendre le fil de nos vies (paisibles). Nous continuons à militer pour défendre le Rojava, la mémoire de nos camarades tombés au combat, et les valeurs qui nous ont poussés à nous rendre là-bas. En rentrant chez nous, nous ne nous attendions pas à recevoir la Légion d’honneur, ni même a être remerciés par qui que ce soit, mais nous ne pouvions pas imaginer que nous serions désignés comme des ennemis de l’intérieur et traités à l’égal des jihadistes que nous avions combattus. Comme nous venons de le rappeler ici, nous avons suffisamment fait l’objet de calomnies de la part de la DGSI pour ne pas accorder la moindre crédibilité aux accusations portées contre notre camarade à qui nous réaffirmons notre confiance absolue et notre soutien sans faille.

Le CCFR (Collectif des combattantes et combattants francophones du Rojava).

[1] Collectif, Hommage au Rojava, Montreuil, Editions Libertalia, 2020, 160p.

Appel à Soutien pour les inculpéEs du 8/12

Le 8 décembre 2020, 9 personnes désignées comme membres de
« l’ultragauche » ont été arrêtées par la DGSI dans le cadre d’une
enquête pour « association de malfaiteurs en vue de commettre des actes
terroristes criminels ». Aucun fait ne leur est reproché, or l’État se
permet de les priver de leur liberté sur ce qui est annoncé comme des
« soupçons » de potentiels « projets » de « dégradation de biens et
d’action violente ». Une des inculpé.e.s est rennaise, ce qui nous a
amené.e.s à créer un comité de soutien pour l’ensemble des inculpé.e.s.
2 sont actuellement sous la contrainte d’un contrôle judiciaire, 5 sont
incarcéré.e.s depuis début décembre dans des conditions qui sont celles
de l’antiterrorisme : isolement, surveillance renforcée. Dans l’attente
d’un procès, iels restent en détention provisoire.

Nous nous levons contre cette injustice, et vous appelons à nous aider à
les faire sortir de prison et à les extraire de cette situation. Nous
voyons cette affaire comme une attaque directe de tout.e.s les
militant.e.s et toutes les personnes qui contestent l’ordre établi, qui
luttent pour les libertés, la solidarité et l’entraide.
Chaque jour nous voyons l’étau se resserrer autour de nous : des lois de
criminalisation et de fichage des opposant.e.s politiques, l’utilisation
accrue de la juridiction terroriste, tout ça ayant pour seul but de
désigner un ennemi intérieur auprès de l’opinion publique.

Pour que cette affaire ne soit pas la 1ère d’une longue liste, et que
nos camarades ne pâtissent pas plus longtemps de cette situation, nous
appelons à une large mobilisation de soutien, partout en france et à
l’international.

Si vous voulez aider, il s’avère que votre soutien serait précieux, afin
d’accélérer leur libération!

En tant que comité rennais, nous avons créé des pages sur les réseaux
sociaux, ainsi qu’un blog. Nous vous invitons à les relayer le plus
possible, à inviter vos contacts à s’y intéresser, mais aussi à vous
positionner publiquement en tant que soutiens. Par ailleurs, le 3
janvier, plusieurs militantes se sont déjà exprimées dans une tribune
(https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/050121/repression-d-etat-nous-ne-cederons-ni-au-chantage-ni-la-peur),
n’hésitez pas à la partager un maximum.

En terme de soutien financier, il existe également une cagnotte en ligne
qui a besoin d’être alimentée pour payer les frais d’avocats, qui
peuvent représenter des sommes conséquentes : (https://www.cotizup.com/soutien-8-12). Si vous en avez
la capacité, n’hésitez pas à organiser des évènements en solidarité.

Pendant toute la 1ère semaine de février, les inculpé.e.s repasseront
devant le juge d’instruction dans le cadre de l’enquête. A cette
occasion, nous appelons tout le monde à produire des banderoles et des
visuels afin de réclamer leur mise en liberté. Nous pourrons relayer vos
photos sur le blog inter-comités. La détention provisoire doit être
abandonnée, nos camarades doivent être dehors !

Plusieurs comités de soutien locaux on déjà vu le jour et nous invitons
à les multiplier, contactez-nous si vous avez besoin d’aide pour en
mettre un en place.

Enfin, pour écrire aux inculpé.e.s, vous pouvez nous envoyer vos lettres
et mots par mail, nous leur feront parvenir en les imprimant et en les
postant.

Soyons nombreux.ses et solidaires face à la répression !

Retrouvez-nous sur internet :
email : comiterennes8decembre@riseup.net
fb :
https://www.facebook.com/Comité-de-soutien-rennais-aux-inculpées-du-8-décembre-101138728633495/
insta : @comiterennes8decembre

16 janvier : Prise de Parole – Rassemblement contre la Loi « sécurité globale » (French and English versions)

Bonjour,
Moi je viens vous parler d’anti-terrorisme. Ou plutôt, je viens poser cette question : (avec l’antiterrorisme), qui terrorise qui ? Le 8 décembre dernier, 9 personnes ont été la cible d’une opération politico-policière. L’une d’entre elles est l’amie de beaucoup de gens ici. Je parle au nom du comité rennais de soutien aux inculpé.es du 8 décembre.
A l’heure actuelle, parmi les 9 personnes arrêtées, 2 ont été libérées sans suite, 2 sont sous controle judiciaire (pointer tous les jours au comissariat), et 5 en détention provisoire.
Voilà, alors déjà, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que 5 personnes sont en prison pour présemption d’intention ! Yels sont donc éparpillé-es dans differentes prisons en région parisienne, mais pas n’importe comment : ce sont des DPS « détenu.es particulièrement surveillées », comme si elles menaçaient de faire fondre les institutions étatiques avec un regard bien placé. Ça serait presque drôle, si ça n’était pas si déshumanisant et violent. La perquisition était violente : 6h du matin, tout le monde menotté, plein de trucs cassés dans les maisons, molosses du RAID et de la DGSI… La garde à vue, à Levallois perret, était violente : pendant 4 jours sous des néons non stop, sans plus aucune notion du temps, pour mettre bien à l’aise lors des interrogatoires de 6h par jour à base de « Qu’est-ce que vous pensez de la République ? ». Ces méthodes sont dignes de la « torture blanche ». Donc soit dit en passant, on peut considérer que tout ce qui sortira de ces 96h est nul et non avenu, car ce sont des aveux sous la torture.
Le premier mois de détention était violent : placée à l’isolement, pas le droit de faire des vraies promenades, réveillée toutes les 2h la nuit, blocage des lettres que ses proches lui envoient… Enfin, le début de la médiatisation était violente : des informations ont été divulgués sur leur vie privée comme leurs lieux d’habitation, leurs descriptions physique et leurs modes de vie, et aussi des informations de leur entourage, ce qui les met en danger ! L’entourage d’ailleurs est placé sous haute surveillance car le dossier est toujours en instruction. Et il y a eu d’autres perquisitions depuis. Tout cet arsenal déployé pour piétiner des personnes, c’est tout cela qui terrorise. On espère que le traumatisme de nos ami.es ne sera pas trop profond, et on leur envoi tout l’amour et le courage qu’on peut.
Ces 7 personnes sont accusées « d’association de malfaiteur en vue d’actes terroristes criminels » : cela veut dire qu’aucun fait répréhensible par la loi ne leur ai reproché. Elles sont simplement suspectées d’avoir l’intention de nuire à la police, ou à l’armée peut-être… Mais sur le projet lui-même, c’est plutôt très flou, voire creux. En fait il n’y a pas de projet. Les renseignements préfèrent laisser libre cours à l’imagination du public : « ultragauche », « bombes artisanales », « armes », « retour de zone de guerre »… Les journalistes adorent, et reprennent sans broncher, voire pour ceux de droite font un peu de zèle : la peur, c’est leur crédo. On apprend dans le Point que ce sont certainement des grandes menaces pour la Nation puisque l’un des inculpé.es est artificier à Disneyland et s’occupait de la parade de la Reine des Neiges.
On parle aussi d’une association de Air Soft (c’est du paint ball) et de produits ménagers pouvant servir à la fabrication d’explosifs, comme de l’acétone. Alors, terrifié.es ?!? Ils aimeraient nous faire croire à une milice qui se monte pour attaquer la police. Ils ont fait ce qu’ils ont pu, mais bien franchement, je ne pense pas qu’un Etat et ses institutions puisse être terrorisé par tout ça… D’ailleurs, en décembre dernier une personne a tué 3 gendarmes dans le Puy-de-Dome, en leur tirant dessus. Les médias l’ont sobrement appelé un forcené. Mais des personnes qui n’ont commis aucun acte violent, elles, peuvent être appelées des terroristes ! Ce qui prouve que cette qualification n’a rien à voir avec la gravité des actes, mais avec les convictions politiques qui sont associées aux personnes. Et surtout, avec ce qui sert les intérêts du moment.
Car, ce qui leur vaut un tel traitement par les services antiterroristes, c’est qu’ils et elles auraient tenu des propos critiques à l’égard de la police. Voire auraient exprimé une colère à l’encontre de cette institution. Ça faisait 9 mois que les renseignements généraux les écoutaient pour guetter ces paroles, et ils ont dû être vraiment vexé.es de ce qu’ils ont entendu. Ecoutez la réaction d’Eric Ciotti, un député républicain :
« Des terroristes d’extrême gauche voulaient s’en prendre à des policiers ! Ils s’attaquent à l’uniforme de la République qui est le dernier obstacle à leur dictature et leur soif de chaos » C’est bien tenté Eric, mais je ne crois pas que beaucoup de gens voient en ce moment la police comme un bouclier qui nous protège de quoi que ce soit, et certainement pas d’une dictature… C’est pour le moins audacieux et surtout très utile de dire ça dans ce contexte où « Tout le monde déteste la police ».
Dans ce contexte où les violences policières ont été bien visibilisées par les mouvements écolos, puis par le mouvement des Gilets Jaunes, puis par le mouvement international Black Lives Matter, et bien sûr par toutes les familles qui réclament depuis des années justice et vérité pour leurs proches tués par la police. Vous connaissez peut-être Awa Gueye dont le frère Babacar a été tué en 2015 par la BAC à Rennes, ou Assa Traore qui réclame justice pour son frère Adama assassiné en région parisienne… La liste est longue, trop longue, et à chaque fois, la justice couvre les mensonges de la police. Ces mouvements sociaux successifs et ces luttes de fond ont permis de dénoncer un système répressif en roue libre, hors contrôle, et très raciste. Et si on ajoute à ça le contexte actuel de la lutte contre les lois de sécurité globale, qui choquent vraiment beaucoup de monde, justement parce que ça a à voir avec une dictature…
En tout cas, ces arrestations participent à la sensation d’insécurité et à la confusion qui règne en ce moment et elles portent ce message : « Si vous critiquez la police, on peut vous mettre en taule, sans procès ! »
Tout ça vous rappelle sans doute l’affaire Tarnac, qui a démarré en 2008. C’est vrai que les ingrédients sont similaires : une situation politique tendue, un mouvement social profond, une volonté gouvernementale de le criminaliser, 9 militant.es de gauche attrapé.es pour la création d’un ennemi intérieur qui justifierait des lois sécuritaires : c’est vraiment des affaires qui tombent à pic !! Dans les 2 dossiers, il manque « juste » des actes illégaux. Les inculpé.es de Tarnac ont été innocenté.es (beau fiasco, il faut le souligner). L’affaire tout juste clôturée, la voie est libre pour faire à nouveau planer la menace de la condamnation de militant.es pour terrorisme ! Mais l’affaire de dite de Tarnac a duré 10 ans, et la détention provisoire qu’ont subi les inculpé.es vient d’être reconnue comme abusive. Elle l’est aussi pour les inculpé.es de cette affaire  : la détention provisoire existe juridiquement comme une mesure d’exception, il est inadmissible d’en systématiser l’usage !
Nous réclamons la mise en liberté immédiate des 5 camarades écroué.es sans raison ! Il faut d’ailleurs que cesse immédiatement l’usage systématique de la détention provisoire, des GAV, des nasses, tout cet arsenal de privation de liberté utilisé abusivement dans le seul but d’intimider.
Nous appelons à la création de comités de soutiens partout où des gens se sentent touché.es par cette affaire qui tombe à pic. Les comités de soutiens à l’affaire Tarnac peuvent se remonter et nous rejoindre, fort.es de leur victoire, ça va nous faire du bien ! On a besoin de faire du bruit par tous les moyens, on a besoin de solidarité, et on a besoin de fric pour les avocat.es. Il y a des comités qui se créent déjà à Toulouse, à Amiens, à Rouen, à Morlaix, à Rennes, à Paris, à Tarnac ! Pour tout ce que vous avez envie de faire, nous vous encourageons à les prévoir la première semaine de février, car toustes les inculpé.es passeront devant le juge d’instruction cette semaine : ça sera le moment de faire un max de bruit !!! Profitons de pas être confiné.es ! Vous pouvez nous trouver sur facebook sur la page « comité de soutien rennais aux inculpé.es de l’affaire de la Reine des Neiges »
Je voudrais terminer avec le souvenir d’une prise de parole d’Awa Gueye lors du rassemblement contre les lois sécurité globale à Rennes le 19 décembre. Awa Gueye est une femme noire qui lutte contre contre violences policières et l’impunité de la police. Malgré la pression qu’elle subit dans cette lutte et malgré le contexte politique inquiétant, elle a dit haut et fort ce 19 décembre qu’elle n’avait pas peur, qu’elle ne se laisserait pas intimider. Peu importent les déclarations comme celle de M. Cahn « je serais à la place des gamins qui militent à l’ultragauche je ferais attention à moi dans les mois à venir » : ça ne va pas suffire à nous faire peur, et surtout pas à nous faire taire. Le courage et la détermination qu’Awa Gueye diffuse, et celles de toutes les personnes qui résistent à la machine judiciaro-policière, sont plus fortes. Elle nous inspirent. nous savons qu’elles inspirent notre camarade inculpée, qu’elles traversent les murs qui l’enferment pour l’aider dans cette épreuve. Pour elle, pour toutes les personnes victimes de cette répression étatique : ne nous laissons pas intimider, ne nous laissons pas anti-terroriser, et continuons à résister !
On se retrouve début février.
Merci.

Hello,

I have come to talk to you about anti-terrorism. Or rather, I have come to ask this question: (with anti-terrorism), who is terrorising whom? On the 8th of December 2020, 9 people were the target of a political-police operation. One of them is the friend of many people here. I am speaking on behalf of the Rennes committee in support of the accused of the 8th December.

At the moment, of the 9 people arrested, 2 have been released without any further action, 2 are under judicial control (meaning they have to check in every day at the police station), and 5 are in pre-trial detention. So, already, what you have to understand is that 5 people are in prison for presumption of intention! So they are scattered in different prisons in the Paris region, but not just anyhow: they are DPS « détenus.es particulièrement surveillées » [detained under special watch], as if they were threatening to melt the state institutions with a well-placed look. It would be almost funny, if it wasn’t so dehumanising and violent. The search was violent: 6am, everyone handcuffed, lots of broken things in the houses, the RAID [French Police Unit] and the DGSI [French Security Agency]… The police custody, in Levallois perret, was violent: for 4 days under neon lights non-stop, without any notion of time, to make people feel comfortable during the interrogations of 6 hours a day based on « What do you think of the Republic? ». These methods are worthy of « white torture ». So, by the way, we can consider that everything that comes out of these 96 hours is worthless and void, because they are confessions under torture.

The first month of detention was violent: placed in solitary confinement, not allowed to go for real walks, woken up every 2 hours at night, blocking the letters that his relatives sent him… Finally, the beginning of the media coverage was violent: information was disclosed about their private life such as their places of residence, their physical descriptions and their lifestyles, and also information from their entourage, which put them in danger! Their entourage is placed under high surveillance because the case is still under investigation. And there have been other searches since then. All this arsenal deployed to trample on people, it’s all that terrorises. We hope that the trauma of our friends will not be too deep, and we send them all the love and courage we can.

These 7 people are accused of « criminal conspiracy to commit terrorist criminal acts »: this means that they have not been accused of any wrongdoing by the law. They are simply suspected of having the intention to harm the police, or the army perhaps… But on the project itself, it is rather vague, even hollow. In fact there is no draft. The intelligence services prefer to give free will to the public’s imagination: « ultra-left », « home-made bombs », « weapons », « returning from a war zone »… Journalists love it, and they resume without flinching, even for those on the right, they are a little overzealous: fear is their motto. We learn in the newspaper « Le Point » that these are certainly great threats to the Nation since one of the accused is an artificer at Disneyland and was in charge of the Snow Queen parade. There is also talk of an association of Air Soft (this is paint ball) and household products that can be used to make explosives, such as acetone. So, are you terrified yet?!? They would like us to believe that a militia is setting up to attack the police. They did what they could, but frankly, I don’t think that a state and its institutions can be terrorised by all this? Besides, last December someone killed three gendarmes in the Puy-de-Dome, shooting at them. The media soberly called him a madman. But people who haven’t committed any violent acts can be called terrorists! Which proves that this qualification has nothing to do with the seriousness of the acts, but with the political convictions associated with the people. And above all, with what serves the interests at the time.

What has led to such treatment by the anti-terrorist services is that they have allegedly made critical comments about the police. They may even have expressed anger towards the institution. They had been listening to them for 9 months and they must have been really upset about what they heard.

Listen to the reaction of Eric Ciotti, a Republican deputy :

« Extreme-left terrorists wanted to attack policemen! They are attacking the uniform of the Republic, which is the last obstacle to their dictatorship and their thirst for chaos  » It’s a good try Eric, but I don’t think many people see the police at the moment as a shield that protects us from anything, and certainly not from a dictatorship… It’s daring to say the least and above all very useful to say that in this context where « Everybody hates the police ». In this context where police violence has been well visible by the ecology movements, then by the Yellow Vests movement, then by the international Black Lives Matter movement, and of course by all the families who have been demanding for years justice and truth for their relatives killed by the police. You may know Awa Gueye whose brother Babacar was killed in 2015 by the BAC [« anti-criminality brigade] in Rennes, or Assa Traore who is demanding justice for his brother Adama murdered in the Paris region… The list is long, too long, and each time, justice covers the lies of the police. These successive social movements and fundamental struggles have made it possible to denounce a repressive system that is freewheeling, out of control, and very racist. And if we add to this the current context of the struggle against global security laws, which really shock many people, precisely because it has to do with a dictatorship… In any case, these arrests contribute to the feeling of insecurity and confusion that reigns at the moment, and they carry this message: « If you criticise the police, we can put you in jail, without trial! »

All this probably reminds you of the Tarnac affair, which started in 2008. It’s true that the ingredients are similar: a tense political situation, a deep social movement, a governmental will to criminalise it, 9 left-wing activists caught for the creation of an internal enemy that would justify security laws: these are really timely cases ! In both cases, illegal acts are « just » missing. The accused in Tarnac have been exonerated (a nice fiasco, it must be underlined). The case has just been closed, the way is now clear for the threat of the condemnation of militants for terrorism to be raised again ! But the so-called Tarnac case lasted 10 years, and the pre-trial detention of the accused has just been recognised as abusive. It is also abusive for those accused in the so-called « Snow Queen » case: pre-trial detention exists legally as an exceptional measure, and it is unacceptable to make systematic use of it! We demand the immediate release of the 5 imprisoned comrades for no reason! Moreover, the systematic use of pre-trial detention, GAVs (police custody), kettling protesters (« trap and detain »), all this arsenal of deprivation of liberty used abusively with the sole aim of intimidating must cease immediately.

We call for the creation of support committees wherever people feel affected by this case, which comes just at the right time. The support committees for the Tarnac affair can pull themselves together and join us, strengthened by their victory, it will do us good! We need to make noise by all means, we need solidarity, and we need money for the lawyers. Committees are already being created in Toulouse, Amiens, Rouen, Morlaix, Rennes, Paris and Tarnac! For everything you want to do, we encourage you to plan them for the first week of February, because all the accused.es will go before the examining magistrate this week : it will be the time to make a lot of noise !! Let’s take advantage of not being confined! You can find us on facebook on the page « Comité de soutien rennais aux inculpé.es du 8 décembre »(Rennes support committee for the accused of the 8th December case).

I would like to end with the memory of a speech by Awa Gueye at the rally against global security laws in Rennes on 19 December 2020. Awa Gueye is a black woman fighting against police violence and police impunity. Despite the pressure she is under in this struggle and despite the whole worrying political context, she said loud and clear on 19 December that she was not afraid, that she would not let herself be intimidated. It doesn’t matter statements like M. Cahn’s made : »If I was part of the kids who militate and organize within the ultra-left, I would be careful with myself in the months to come »: it’s not going to be enough to make us afraid, and especially not to silence us. The courage and determination that Awa Gueye spreads, and that of all those who resist the police machine, are stronger. They inspire us. We know that they inspire our fellow accused, that they cross beyond the walls that lock her up and help them go through these trials. For her, for all the victims of the state repression: let’s not let ourselves be intimidated, let’s not let ourselves be anti-terrorized, and let’s continue to resist!

See you at the beginning of February.

Thank you.

Cagnotte de soutien aux inculpé·es

Cette cagnotte solidaire a été créée afin d’assurer une défense efficace à nos camarades en prison !

Beaucoup d’entre nous ont peu de moyens et il y a déjà du monde à soutenir, mais c’est une manière de filer la patte si vous êtes loin ou que vous ne savez pas comment aider.

Merci à celleux qui donnent !

Merci aussi à celleux qui soutiennent et en parlent !

Cette affaire ne doit pas être oubliée, trois militant·e·s sont enconre en détention provisoire dans des conditions de surveillance et d’isolement renforcées, ne les y laissons pas plus longtemps !

** Cagnotte solidaire **

On compte sur vous ✊

Nous remercions également Valeurs Actuelles pour son travail sensationnel !! x’D

L’ultragauche organise une cagnotte pour financer les frais du justice de suspects de terrorisme.

Nous ne cèderons ni au chantage, ni à la peur! – Tribune dans Médiapart

Répression d’État: nous ne céderons ni au chantage, ni à la peur

Le monde célébrait récemment l’anniversaire des cinq ans de l’Accord de Paris, et la France n’a pas été avare d’auto-satisfaction quant au rôle qu’elle se targue d’avoir joué dans sa conclusion. Mais pour nous, 2015 amorce une évolution bien plus funeste : l’érosion de l’Etat de droit, et la lente disparition des libertés publiques dans notre pays. L’état d’urgence est devenu notre « new normal » : décidés dans des moments de choc, de confusion, loin des regards, les glissements les plus graves se sont produits. Dernier avatar en date : l’arrestation de neuf personnes de « l’ultra-gauche » sur la base de faits qui, même montés en épingle et mis bout à bout, n’ont rien à voir avec « l’entreprise terroriste » dont ils et elles sont pourtant accusé·e·s.

Hollande et son gouvernement ont amorcé ce délabrement dès novembre 2015, en assignant à résidence, de manière « préventive », des militant·e·s écologistes afin de les empêcher de manifester lors de la COP 21. Et M. Macron, qui avait pourtant construit sa campagne sur la concorde et libertés, a amplifié cet élan au point de faire des libertés, individuelles et publiques, un théâtre de ruines. L’état d’urgence a été inscrit dans le droit commun par la « Loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » (SILT), en novembre 2017. Depuis, la seule interprétation (entièrement subjective) d’un policier justifie toute initiative d’entrave et de répression dès lors qu’ils suspectent une menace. Peu importent les faits, au diable le réel, le « terrorisme » et la « sécurité intérieure » permettent tout : surveillances, multiplication des « notes blanches », qui légitiment, dans une totale opacité, les décisions administratives les plus liberticides, fermetures administratives de lieux collectifs, assignations à résidence, perquisitions arbitraires et sans fondements, arrestations dénuées de motifs… Des nasses pleines de gaz aux croches-pieds mesquins, en passant par les humiliations collectives de lycéen·ne·s et de migrant·e·s, les pratiques policières de répression des mobilisations sont de plus en plus brutales : tout ce sur quoi alertaient déjà les collectifs et associations des quartiers populaires il y a de nombreuses années et qui faisait le quotidien des habitant·e·s de ces quartiers est désormais devenu la norme. Enfin nul d’entre nous ne peut l’oublier : de nombreuses personnes ont été mutilées dans les manifestations de Gilets jaunes, sans que justice leur soit faite. Elles aussi ont connu les assignations à résidence préventives et les interdictions de manifester ; plus de 1000 peines de prison ferme ont été prononcées contre les membres de leur mouvement.

La nomination de Gérard Darmanin au ministère de l’Intérieur marque un tournant dans ce qu’elle légitime, et banalise cette nouvelle réalité : un pouvoir radicalisé. Les violences policières semblent devoir être couvertes « quoiqu’il en coûte ». Et le ministre jubile lorsque sa police écrase les libertés publiques sous l’arbitraire et les coups. Samedi 12 décembre, il s’est tout d’abord enthousiasmé, via twitter, de l’arrestation, quelques jours plus tôt, de 9 personnes soupçonnées d’«association de malfaiteurs terroristes ». Cinq d’entre eux et elles demeurent en détention provisoire à ce jour. À l’occasion, il a chaudement félicité la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) pour son efficacité à « protéger la République contre ceux qui veulent la détruire », « ces activistes violents de l’ultra-gauche », au mépris du secret de l’instruction. Or, le dossier frappe par sa vacuité si l’on en croit les informations policières et judiciaires, à l’évidence orchestrées pour servir l’agenda du ministre. Pour compenser la faiblesse du dossier, les enquêteurs invoquent les idées et engagements politiques des personnes arrêtées : une source anonyme explique ainsi qu’un des hommes arrêtés, « ancré dans une idéologie prônant la révolution », a combattu au Rojava, assimilant ainsi à des « terroristes » les personnes engagées contre Daech aux côtés de l’armée kurde.

S’agissant de l’épouvantail ultra-gauchiste, et de son agitation par les autorités, le fiasco judiciaire et politique de « l’affaire Tarnac », et les dérives de l’espionnage généralisé d’hommes et de femmes qui, à Bure, n’avaient d’autre tort que s’opposer à la mort de leurs prairies et de leurs forêts, devraient pourtant imposer la réserve. En outre, en dehors des assassinats commis sous l’influence plus ou moins directe de Daech, c’est l’extrême droite qui organise des attaques sur le territoire français, comme à Bayonne ou Avignon, quand elle n’arme pas les terroristes de janvier 2015

Le même samedi 12 décembre, alors que le ministre saluait, heure par heure, les arrestations en cours dans le cortège parisien protestant contre la loi Sécurité globale – infiltré de dangereux factieux selon lui -, des dizaines de personnes étaient arrêtées alors qu’elles manifestaient, photographiaient ou filmaient paisiblement. Les justifications données à ces interpellations pourraient prêter à rire : détention de piles et de fil électriques dans un sac à dos, jet d’une canette vide, port conjoint d’un bonnet et d’un masque sanitaire, ou encore usage d’un parapluie arc-en-ciel, présenté aujourd’hui comme propriété de la meneuse des « casseurs ». Et ce serait anecdotique, en effet, si près de 200 personnes n’avaient pas passé parfois près de trois jours en détention, avant, pour leur quasi totalité, de se voir libérées sans aucune charge retenues contre elles. Si d’autres, dans le cortège, n’avaient pas été molestées, et blessées, parce qu’elles se trouvaient sur le parcours de ces fameux « bonds offensifs », consistant ni plus ni moins à charger les manifestants au hasard.

Ces nouveaux épisodes marquent un pas de plus dans la dérive : en France, en 2020, critiquer la politique du gouvernement, et « prôner la révolution », sont devenus des opinions politiques potentiellement criminelles. Dans la France d’E. Macron, on peut être ministre lorsque l’on fait l’objet d’une procédure judiciaire pour viol et abus de confiance. Mais dans le même temps on emprisonne sans raison ; on ordonne des détentions sur la seule base d’hypothèses et on perquisitionne pour « envoyer des messages ». Face à nous un seul spectacle, qui se joue en boucle : la criminalisation des idées critiques du pouvoir, de l’information, des mobilisations, de l’islam, des quartiers populaires et de la jeunesse ; le harcèlement de tous les acteur·ice·s de « la gauche », des défenseurs·ses des droits et de la justice sociale, des porteurs·euses de solidarité ; la répression et l’arbitraire croissants dans la vie quotidienne des citoyen·ne·s. Ce régime montre son obsession répressive, autorisée par la désagrégation progressive des conquêtes fondamentales qui faisaient notre État de droit.

Faute de circonstances à caractère terroriste, les personnes en détention provisoire doivent être libérées sans délai. Mais qui leur succédera dans les geôles de la République ? Un retraité qui soutient des migrant·e·s « sans-papiers », au motif qu’il conserve un vieux fusil de chasse chez lui ? Des mères qui se battent contre une installation polluante, parce qu’une vieille bouteille d’acétone traine au fond d’un placard ? Celles et ceux qui condamnent la dissolution arbitraire d’une association de soutien aux victimes de l’islamophobie ?

Face aux perquisitions politiques, aux arrestations sans fondement, à toutes les tentatives de diabolisation des personnes qui ont le tort d’exercer leur droit à la critique et à la manifestation, notre solidarité, et notre cohésion, ne fléchiront pas ; les libertés n’existent plus quand un Etat prétend choisir ses opposant·e·s. Nous ne sommes pas dupes : c’est bel et bien de répression politique dont il s’agit. Mais nous ne céderons ni à la peur ni au chantage. Et nous n’oublierons pas de tenir le ministre de l’Intérieur, et le gouvernement, responsables du saccage de notre justice et de nos libertés.

Signataires : 

Amélie Cannone, militante écologiste et altermondialiste

Noura Elouardi, militante féministe, écologiste et anti-raciste

Mélina Gattel, amie d’une des mis·e·s en examen du 8 décembre

Awa Gueye, soeur de Babacar Gueye, tué par la police à Rennes en 2015

Geneviève Legay, militante d’Attac, blessée par la police en 2019 à Nice

Alice Ramage, amie d’une des mis·e·s en examen du 8 décembre

Juliette Rousseau, militante féministe et écologiste

Publié sur Mediapart le 05 Janvier 2021.

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/050121/repression-d-etat-nous-ne-cederons-ni-au-chantage-ni-la-peur