Libre Flot : 6ème jour de grève de la faim

Nous avons eu des nouvelles au 6ème jour de grève de la faim. La prison a essayé de faire supprimer son parloir, mais il fut maintenu grâce à la pression de ses avocat.es. Le copain va bien pour l’instant. Il ne subit plus l’isolement passivement et cela renforce son moral. Il est déterminé.

Ce texte de soutien internationaliste a été initialement publié sur Solidaritytodecember8.

Cela fait six jours que notre camarade a commencé la grève de la faim. Il l’a fait au début de l’invasion de l’Ukraine en sachant très bien que cette information serait noyée dans les nouvelles de la guerre. Que tous les efforts seraient concentrés sur le soutien à la résistance en Ukraine et aux personnes qui fuient ce pays. C’est incroyable tout le soutien que l’Ukraine reçoit, même s’il s’accompagne aussi de lacunes et de contradictions : ambiance raciste et visions nationalistes de l’avenir, pour n’en citer que deux. Notre camarade soutiendrait de la même manière les personnes qui luttent pour la liberté. Il est à l’isolement, la méthode utilisée par l’État pour nous priver de contacts et de communication avec le reste du monde. Il a besoin de nous de la même manière que nous avons besoin les uns des autres, nous ne pouvons jamais gagner seuls. Une personne avec son corps peut résister à la répression de l’État, mais sans le pouvoir que nous avons à l’extérieur, sa voix ne sera pas entendue.

Voici quelques actions que vous pouvez faire pour le soutenir.

1. Faire des actions de soutien contre l’ambassade de France là où vous habitez.

2. Envoyez des emails à l’ambassade.

  • discom.sg@justice.gouv.fr
  • presse-justice@justice.gouv.fr
  • secretariat-presse.cab@justice.gouv.f

3. Écrivez des articles à ce sujet et diffusez-les partout ou diffusez les informations du blog.

Nos luttes quotidiennes soutiennent également notre camarade emprisonné et même si nous ne croyons pas au système judiciaire français, il est bon de s’assurer qu’ils soient conscients que nous savons ce qui se passe.


L’email pourrait ressembler à quelque chose comme ceci :

A qui de droit,

Le 27 Février dernier, une personne emprisonnée et à l’isolement à Bois D’Arcy a entamé une grève de la faim. Je suis sûr que vous êtes maintenant au courant. Vous pensez peut-être qu’en raison de l’invasion de l’Ukraine, personne ne prêtera attention à une personne mourant de faim entre les murs de votre complexe pénitentiaire. Que personne ne parle ou ne partage avec le monde ce qui se passe. Vous avez tort. Si vous isolez quelqu’un sur la base d’accusations de terrorisme mais que vous ne pouvez fournir aucune preuve et que vous n’avez aucune raison de le garder, si ce n’est qu’il aurait « une personnalité charismatique », vous ne serez pas pris au sérieux aux yeux du peuple. La mort de cette personne sera du sang sur vos mains. Comment allez-vous expliquer cela à sa famille ? Comment allez-vous le justifier publiquement par la suite ? Si vous pensez que prendre ces mesures avant les élections vous apportera des voix et montrera votre force, je peux vous dire maintenant que les mères des soldats russes tués en envahissant l’Ukraine ne voient pas la force de Poutine. Elles voient leurs propres enfants sacrifiés comme des pions dans les jeux politiques des États-nations. J’écris ceci pour partager cette perspective. Vous êtes déjà au courant de ces choses. La question qui est discutée en ce moment est probablement de savoir à quel point sa mort passerait inaperçue. Si vous pouvez répondre à la pression de cette personne qui donne sa vie pour la liberté. Considérez ceci. Le laisser rentrer chez lui ne signifie probablement pas que l’enquête va cesser, il n’y a pas à ce stade de vision d’un changement de société. Donc, si les interrogatoires n’ont rien donné jusqu’à présent, et que toutes les autres personnes dans cette affaire sont déjà libérées, il n’y a rien à gagner à le garder, par principe, jusqu’à sa mort, mais tout à perdre.

Salutations,

 

Soutien à Libre Flot et aux inculpé.es du 8 décembre

La solidarité est la condition vitale qui nous unit dans les luttes. Je remercie les amis et camarades qui se sont montrés solidaires. Je remercie tous les progressistes pour leur soutien, qui n’était pas un soutien à une seule personne, mais un moment de lutte contre un pouvoir inhumain

– Déclaration de Dimitris Koufontinas après 66 jours de grève de la faim.

Que vaut un mouvement social qui ne suporte pas ses prisonnier.ères ? Une fois passé les barreaux de la répression, ne sommes-nous plus du même camp ?

L’imaginaire policier a réussit depuis le 8 décembre, à faire croire que cette opération antiterroriste était légitime et que les camarades emprisonnés représentaient une quelconque « menace ». Nous avons dénoncé, protesté, démêlé, appelé à soutenir, témoigné, etc.

Nous avons vu les moyens de l’antiterrorisme s’expérimenter massivement depuis 2015. Et la plus grosse « critique » de la gauche de ce moment était, comme toujours, de quémander plus de moyens pour ces services de police militaire extra-légale. Aujourd’hui l’avant-garde policière s’exprime chaque semaine dans les médias alors que la parole des camarades inculpé.es y est méprisée.

Notre ami aujourd’hui, par sa grève de la faim reprend en main son destin et une fois de plus met sa vie en jeu contre le fascisme. Cette fois-ci, non plus contre Daesh mais contre la justice d’un Etat policier. Libre Flot est de ces libertaires voyageur qui rêvent d’autonomie, qui foule de ses pieds et de son coeur les montagnes et leurs histoires. Son mode de vie lui permettait d’aller là où les besoins s’en faisaient sentir. En dehors du Rojava (dont nous avons déjà parlé), il a passé plusieurs mois à Calais pour soutenir les exilé.es, il leur donnait notamment des cours de français (et le plaisir des jeux de mots !). A Toulouse aussi, il aimait faire des squats des lieux ouverts et émancipateurs sur le modèle de centres sociaux autogérés. Lors du premier confinement à Toulouse, il participait à des collectes et distributions gratuites de nourriture. Que faisait la DGSI à ce moment ? Elle fichait les lieux (ainsi que les militants s’y trouvant) dans lesquels il se déplaçait : épicerie solidaire, La Chapelle, le Pumbat’, etc. Plus d’une centaine de téléphones fichés par ISMI Catching à ce moment, qui sont désormais disponibles à tous les services de renseignement.

Le juge d’instruction en charge de l’affaire (et ses deux co-juges), utilisent son placement à l’isolement pour l’empêcher de se défendre. Le juge lui assène des questions/accusations d’une demi page alors qu’il n’arrive plus à se concentrer et à formuler correctement des phrases (symptomes connus et documentés de l’isolement carcéral).

Dans un contexte où vos propos ont été traqués pendant des mois, sélectionnés, décontextualisés et criminalisés ; se défendre de telles accusations tordues requiert une grande aisance d’argumentation, d’éloquence et de réthorique. Chaque « incohérence » vous condamne, chaque « hésitation » vous enlève tout crédit, chaque « silence » vous accuse.

Dans un cadre juridique où des PRESOMPTIONS DE CULPABILITE font office de preuves, infliger consciemment ce type de souffrances psychologiques à un PREVENU revient à obtenir des aveux sous la torture.

C’est sur ce mécanisme que le gouvernement, la DGSI, le juge d’instruction, la chambre d’instruction et le parquet antiterroriste veulent faire condamner les 7 inculpé.es.

Là où la Russie utilise la torture brute pour obtenir des aveux, la France utilise une panoplie de violences pénitenciaires et judiciaires qui sont reconnues comme « torture blanche ».

Son isolement a été reconduit illégalement depuis plus d’un an, et ces prochains jours, c’est encore Dupont-Moretti qui aura le marteau dans la main.

Il n’est pas seul dans sa lutte pour la dignité, au CRA de Vincennes, une soixantaine de personnes sont aussi en grève de la faim depuis plusieurs jours ! Depuis plus de deux semaines, un responsable CGT à la raffinerie de Donges est aussi en grève de la faim. A la prison des Baumettes, c’est Nani qui a entamé une grève de la faim et de la soif.

Cette situation est intenable, il faut mettre fin au délire sécuritaire.

 

Ami.es, Camarades, soutenons-les par tous les moyens !

  • Le 29 mai, organisons-nous pour la Journée Nationale contre les Violences Pénitenciaires.

« POURQUOI JE FAIS LA GRÈVE DE LA FAIM » – Libre Flot

Translations in other languages on Solidaritytodecembre8.

 

Cela fait plus de 14 mois que la DGSI m’a expliqué que je n’étais pas arrêté pour ce qu’elle voulait me faire croire, à savoir mon engagement auprès des forces kurdes contre Daech au Rojava.

Cela fait plus de 14 mois que rien ne valide la thèse élaborée de toutes pièces par la DGSI alors même que pendant au moins 10 mois j’ai été suivi, tracé, sous écoute 24 heures sur 24 dans mon véhicule, mon lieu de vie, espionné jusque dans mon lit.

Cela fait plus de 14 mois que je comprends que ce sont mes opinions politiques et ma participation aux forces kurdes des YPG dans la lutte contre Daech qu’on essaie de criminaliser.

Cela fait plus de 14 mois qu’on reproche une association de malfaiteurs à 7 personnes qui ne se connaissent pas toutes les unes les autres.

Cela fait plus de 14 mois à répondre aux questions d’un juge d’instruction utilisant les mêmes techniques tortueuses que la DGSI : la manipulation, la décontextualisation, l’omission et l’invention de propos et de faits afin de tenter d’influencer les réponses.

Cela fait plus de 14 mois que je subis les provocations de ce même juge d’instruction qui, alors que je croupis dans les geôles de la République, se permet de me dire que cette affaire lui fait perdre son temps dans la lutte contre le terrorisme. Pire encore, il se permet la plus inacceptable des insultes en se référant aux barbares de l’État islamique comme étant mes« amis de chez Daech ». Bien que verbal, cela reste un acte inouï de violence. C’est inadmissible que ce juge s’octroie le droit de m’injurier au plus haut point, tente de me salir, et crache ainsi sur la mémoire de mes amis et camarades kurdes, arabes, assyrien.ne.s, turkmènes, arménien.ne.s, turc.que.s et internationaux.les tombé.es dans la lutte contre cette organisation. J’en reste encore aujourd’hui scandalisé.

Cela fait plus de 14 mois d’une instruction partiale où contrairement à son rôle le juge d’instruction instruit uniquement à charge et jamais à décharge. Il ne prend pas en considération ce qui sort du scénario préétabli et ne sert qu’à valider une personnalité factice façonnée de A à Z par la DGSI, qui loin de me représenter ne reflète que les fantasmes paranoïaques de cette police politique. Ainsi, je suis sans cesse présenté comme « leader charismatique » alors même que tout mode de fonctionnement non horizontal est contraire à mes valeurs égalitaires.

Cela fait plus de 14 mois que sans jugement on m’impose la détention dite provisoire que je subis dans les plus terribles conditions possibles : le régime d’isolement (voir les lettres de mars 2021 et juin 2021) considéré comme de la « torture blanche » et un traitement inhumain ou dégradant par plusieurs instances des droits humains.

Cela fait plus de 14 mois que je suis enterré vivant dans une solitude infernale et permanente sans avoir personne à qui parler, à juste pouvoir contempler le délabrement de mes capacités intellectuelles et la dégradation de mon état physique et ce, sans avoir accès à un suivi psychologique.

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Après avoir sous des airs faussement neutres fourni à l’administration pénitentiaire des arguments fallacieux pour s’assurer de mon maintien à l’isolement, le juge d’instruction demande le rejet de ma demande de mise en liberté, tout comme le parquet national antiterroriste. Pour ce faire, ils reprennent presque en copier / coller le rapport de la DGSI du 7 février 2020, base de toute cette affaire dont nous ne savons pas d’où viennent les informations et dont la véracité n’a pas été démontrée. On est en droit de se demander à quoi ont servi les écoutes, les surveillances, les sonorisations et ces deux ans d’enquête judiciaire et d’instruction puisque sont occultés les faits qui démontrent la construction mensongère de la DGSI.

Le parquet national antiterroriste et le juge d’instruction n’ont de cesse d’essayer d’instiller la confusion et de créer l’amalgame avec des terroristes islamistes alors même qu’ils savent pertinemment que j’ai combattu contre l’État islamique, notamment lors de la libération de Raqqa, où avaient été planifiés les attentats du 13 novembre.

Le juge d’instruction prétend craindre que j’informerais des personnes imaginaires de ma situation alors que celle-ci est publique notamment parce que la DGSI ou le PNAT eux-mêmes ont fait fuiter l’information dès le premier jour. Il prétend ainsi empêcher toute pression sur les témoins, les victimes et leurs familles alors même qu’il n’y a ni témoin, ni victime puisqu’il n’y a aucun acte. C’est ubuesque. Est aussi évoquée sa crainte d’une concertation entre coinculpé.es et complices même si toutes et tous les coinculpé.es ont été mis.es en liberté, qu’il n’a plus interrogé personne d’autre que moi depuis octobre 2021, et que j’ai attendu patiemment qu’il ait fini de m’interroger pour déposer cette demande de mise en liberté.

Il aurait pu être comique dans d’autres circonstances de constater l’utilisation à charge de faits anodins comme : jouir de mon droit à circuler librement en France et en Europe, de mon mode de vie, de mes opinions politiques, de mes pratiques sportives, de mes goûts pour le rap engagé ou les musiques kurdes.

Le juge d’instruction s’en prend à ma mère en la désignant comme n’étant pas une garantie valable pour la simple raison qu’elle n’a pas empêché son fils âgé de 33 ans à l’époque de rejoindre les forces kurdes des YPG dans la lutte contre Daech. Encore une fois, c’est ma participation dans ce conflit qu’on criminalise. Il lui reproche également l’utilisation d’applications cryptées (WhatsApp, Signal, Télégram…) comme le font des millions de personnes en France. Enfin, il dénigre tout d’un bloc toutes les autres options de garanties (travail, hébergement…) sans rien avoir à leur reprocher alors même que les personnels du SPIP dont c’est le métier ont rendu un avis favorable.

*

Comment alors comprendre qu’après avoir ordonné ces enquêtes de faisabilité signifiant la possibilité de me remettre en liberté avec bracelet électronique, le juge des libertés et de la détention malgré le rendu refuse ensuite de la mettre en place ? Nous sommes nombreux et nombreuses à constater que dans toute cette affaire la « justice » viole ses propres lois et est soumise à l’agenda politique de la DGSI.

J’ai récemment appris de la bouche même du directeur des détentions de la maison d’arrêt des Yvelines (Bois d’Arcy), que je remercie pour sa franchise, que mon placement et mon maintien à l’isolement étaient décidés depuis le premier jour par des personnes très haut placées et que quoi je dise ou que lui-même dise ou fasse, rien n’y ferait, que cela le dépasse, le dossier ne sera même pas lu et je resterai au quartier d’isolement et que de toute façon rien ne pourrait changer avant les élections présidentielles.

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Puisque l’on cherche à criminaliser les militants et militantes ayant lutté avec les Kurdes contre Daech,

Puisque l’on utilise la détention soi-disant provisoire dans le but de punir des opinions politiques,

Puisque cette histoire n’existe qu’à des fins de manipulation politique,

Puisqu’aujourd’hui on ne me laisse comme perspective que la lente destruction de mon être,

Je me déclare en grève de la faim depuis le dimanche 27 février 2022 à 18 heures, je ne réclame à l’heure actuelle que ma mise en liberté en attendant de démontrer le côté calomnieux de cette honteuse accusation.

Libre Flot.

L’UCSA normalise la torture blanche

Trois lettres de Libre Flot lues au micro de L’Envolée dans l’émission du 21 janvier 2022. Il revient sur la normalisation des souffrances infligées par le régime d’isolement. STOP A L’ACHARNEMENT CARCERAL! ABOLITION DU QI ET DU MITARD!

Retrouvez d’autres témoignages sur l’accès aux soins en prison dans L’Envolée et sur le site de l’OIP. Images de la prison de Bois d’Arcy sur Carceropolis.

Coursive et cellules de Bois d’Arcy.

Lettre du 31 décembre 2021

Salut salut, un petit coucou pour vous donner quelques nouvelles.

Après des mois de plaintes répétées à propos de douleurs articulaires, on m’a refilé un rdv avec un.e kiné, puis un autre (puisque le premier n’a pas eu lieu) et j’espère en avoir un autre bientôt, puisque le second n’a pas eu lieu non plus. La cause ? Je suis au QI. Et le dentiste ? Merci au sentiment de culpabilité! Je m’explique.

Comme d’hab j’ai rendez-vous, les surveillant.es et le.a gradé.e sont au courant et je ne vois rien venir. Le matin je vais à l’opprimenade du QI (c’est dans le même couloir) en précisant « si le.a dentiste appelle, vous me sortez et vous m’y emmenez » -« oui oui! » Début d’après midi, on m’emmène à la salle de sport, je précise « si le.a dentiste appelle, vous me sortez et vous m’y emmenez ». A ce moment là, le.a gradé.e me dit que le rendez-vous n’aura pas lieu, que le.a dentiste ne peut pas me reçevoir. Dépité, ça doit se voir un peu sur ma tronche, je lui dit que c’est comme d’habitude, que mes rendez-vous sont toujours repoussés. Celui ci, depuis 4 mois, qu’hier encore celui du kiné aussi. Et là je découvre sur son visage comme un malaise (mal à l’aise), un air un peu gêné, comme une once d’empathie melée à de la culpabilité.

Je finis le sport, iel me dit qu’iel a rappelé le.a dentiste, qu’iel a fait pression pour que mon rendez-vous soit honnoré. Oui oui, c’est un peu gros, iel en fait trop, c’est pas crédible. Quelques minutes après, j’apprend par le personnel médical que mon rendez-vous était ce matin et que le personnel de l’AP (c’était le.a même gradé.e de ce matin) avait déclaré que je n’irai pas à mon rendez-vous. Bon évidemment, comme mon rdv qui devait être le dernier ne s’est pas déroulé au moment prévu, ça foutait la merde à l’UCSA. Et suite à un cognage de porte et un échange non verbal que je n’ai pas pu voir à cause de ma posture, ma consultation s’est finie plus vite que prévu (selon ma perception) et un autre rdv m’a été redonné. Bon en tout cas, là où j’avais le plus mal ça a été rebouché.

Donc oui, je remercie le sentiment de culpabilité, car ce n’est hélas pas étrange que des personnes, pour en faire le moins possible, annulent les soins des personnes isolées. Encore moins étrange qu’on sait que ce/cette même gradé.e (peut-être pour éviter le surmenage?) a tendance à « oublier » d’emmener les personnes en opprimenade, ou en les oubliant dedans, ou en les oubliant dans la salle de sport, ou en les oubliant dans la douche. Comme si l’enfermement en régime d’isolement n’était pas suffisant, il faudrait encore nous faire galérer toute la journée à poireauter. C’est vrai qu’on est chiant à vouloir profiter de tous ces fantastiques bienfaits et des nombreuses activités auxquelles on a le droit: on veut sortir, rentrer, se dépenser, se laver, et même retourner s’instruire en cellule. Mince, cela l’oblige à faire son travail. Peut être que iel en nous faisant subir ces « attentes abusives » espère qu’on se lasse et reste enfermés en cellule 24h sur 24 pour lui permettre de se tourner les pouces ? Raté.

Sinon, lundi dernier j’ai pu constater le retour des plexiglass au parloir. Au moins il n’y a plus cette table qui prend toute la place. D’ailleurs en lisant certains témoignages d’autres détenus dans L’Envolée il est question d’intimité lors des parloirs. Ici, à Bois L’arsouille, d’intimité il n’y en a point. Les parloirs d’architecture panoptique sont vitrés des deux cotés où circulent en permanence plusieurs surveillants.tes qui nous épient sans cesse.

Je termine cette lettre là pour qu’elle parte ce matin, je vous écoute ce soir (surement une émission enregistrée).

Merci à vous pour votre soutien.
Courage à toutes et tous les enfermé.es et leurs proches.

Salutations et respect,
Libre Flot.

 

Lettre du 31 décembre 2021

Après 4 mois de plaintes répétées à propos de douleurs généralisées aux articulations, j’ai enfin, après trois rdv repoussés, vu le kiné. Verdict: c’est normal dans ces conditions! Etrangement, c’est toujours et encore la même rengaine, quels que soient mes maux.

Mes maux de tête semi permanents? C’est normal dans ces conditions qu’est l’isolement. Mes pertes de mémoire, mon incapacité de concentration, la perte de repères spatio-temporels, mes douleurs cardiaques, mon opression thoracique, mes troubles visuels, mes vertiges, mon hébétude, etc. Pareil. « C’est normal, au vu de mes conditions de détention. »

Dans un environnement normal, et même en détention classique, subir l’ensemble de ces maux n’est pas considéré comme chose normale. Y introduire le facteur « Quartier d’Isolement » ne la rend pas plus normale. Tout comme ce que l’on dit avant un « mais… » n’a pas vraiment de sens. (« Je suis pas… mais… ») Définir quelque chose de normal, mais uniquement sous des conditions spécifique, ôte automatiquement toute notion de normalité. On ne peut dès lors plus parler de conséquences logiques ou de réaction systématique. Si le fait d’obtenir les mêmes résultats, en prenant n’importe quelle personne et en la plaçant dans une cellule 22 ou 23 heures par jour sans interactions sociales, est considéré par les médecins de l’UCSA comme « normal au vu des conditions de détention en isolement », cela veut en fait dire que ces conséquences subies par la majorité des personnes en QI sont donc bien des réactions systémiques et sont aussi très bien connues. L’utilisation mensongère du terme « normal » associé au « dans ces conditions » est en fait un euphémisme ayant pour but de masquer la vérité toute simple qui est que la détention en QI provoque de grave souffrances aux individus. Souffrances tant physiques, cérébrales et psychologiques qui, étant connues et systématiques, sont donc acceptées et voulues par l’Admin Pen ou ses commanditaires. C’est ce que l’on appelle de la torture.

Le personnel médical, lorsqu’il ab-use volontairement de cet euphémise falacieux pour éviter d’énoncer la vérité qu’il connait, n’oeuvre plus à la santé de ses patient.es mais leur ment, les trompe, couvrant ainsi les méfaits de l’Admin Pen et lui permettent ainsi le maintien en isolement, ce qui dégrade profondément les invididus. L’UCSA se rend donc complice de cette torture. Mais bon, on ne mord pas la main qui, même indirectement, nous nourris. L’utilisation normale d’un euphémisme médical pour une torture carcérale.

PS: hé oui j’vous ai encore glissé quelques phrases à rallonge, vous allez kiffer pour une lecture à voix haute! hihi non c’est promis c’est pas du sadisme 😉

Lettre du 13 janvier 2022

Salut à tous et toutes!

Juste un petit coucou pour vous partager une réflexion sur le langage utilisé par l’UCSA pour dédouanner l’Administration Pénitentiaire des conditions inacceptables de la détention en QI. N’ayant pas envie de passer 15 ans dessus, et d’ailleurs l’écriture devenant de plus en plus difficile, la forme de ce bref texte peut être un peu lourd et redondant, tout en simplifiant et réduisant les processus de réflexion. Toujours est-il, et c’est le principal, que l’on comprendra aisément, je l’espère, le fond et le sens du propos.

En ce qui concerne ma situation, je ne m’étalerai pas sur mes différents « soucis » (moi aussi j’utilise les euphémismes médicaux), vous comprendrez que rien ne s’est amélioré. Cela ne se peut sans l’élimination des causes provoquant les maux. J’ai juste ajouté à ma routine les exercices conseillés par le kiné.

Quant à ma détention provisoire, cela fait plus de trois mois que je n’ai pas de nouvelles du juge d’instruction, que rien ne se passe. Récemment, lors du renouvellement de mon mandat de dépôt, le JLD (juge de la liberté et D) avait ordonné une enquête de faisabilité pour une liberté conditionnelle (je ne suis pas sûr de ce terme, mais en gros, prison à la maison avec bracelet). Cela fait désormais plus d’une semaine que nous savons que le juge d’instruction a la réponse, que mes avocat.es ont demandé qu’on la leur transmette, mais rien. Encore une fois, le juge d’instruction fait durer le plaisir.

Cela ne pourra pas, dommage pour lui, durer éternellement. Pendant ce temps, je ne peux que constater ses pratiques humanistes.

Voilà pour aujourd’hui, au plaisir de vous écouter.
Merci encore pour votre soutien à tous.tes les enfermé.es et à leurs proches.
Force et courage à elles et spécialement aux isolé.es!

Salutations et respect,
Flo.

Exprimons notre solidarité avec les Inculpé.es du 8 décembre 2020 et Libre Flot toujours à l’isolement !

Le 8 décembre, cela fera exactement 1 an que la DGSI a fait irruption dans nos vies, arrêtant nos ami.es pour les enfermer et les accuser de terrorisme. L’instruction est toujours en cours, les libérations ont eu lieu petit à petit (mai et octobre/novembre) sauf pour Libre Flot toujours enfermé et à l’isolement à la prison de Bois d’Arcy (78). Comme c’est le cas pour tout.es les prisonnier.es placé.es à l’isolement depuis plus d’un an, c’est sur décision du Garde des sceaux que son isolement vient à nouveau d’être prolongé, sans d’autre motif que les accusations de la DGSI qui pèsent contre lui. Ces accusations sont basées sur une surveillance mise en place autour de lui depuis son retour du Rojava et son investissement dans la cause kurde en faveur du confédéralisme démocratique, la liberté des femmes, la protection de l’environnement et la lutte contre Daesh. Les dispositifs de surveillance par la DGSI (mise sur écoute, géolocalisation et filature) sont des graves atteintes à la vie privée. La lecture qu’elle en fait est tellement incomplète, aberrante et à charge qu’il semble difficile d’imaginer une défense correcte face à un juge à la botte des flics. Les opinions politiques des un.es et des autres semblent être un grand sujet d’intérêt pour les flics et les juges : « mais alors vous êtes maoïste ou anarchiste ? » et « que pensez vous de l’Antifrance ?, de la loi sécurité globale, des Gilets Jaunes, des black blocs… ? ». Cet échantillon des questions abordées lors des auditions témoigne de l’intérêt de la flicaille et de la justice sur l’opinion de nos camarades mais également de la vision qu’elles ont de certaines idéologies ou pratiques libertaires, définies selon eux par « Aucune limite à votre liberté, pas de lois, pas d’encadrements, pas de papiers, pas de dirigeants »… Pour celleux arrêté.es le 8 décembre 2020 et libéré.es depuis, les contraintes imposées par la justice sont des entraves lourdes à supporter : interdiction de communiquer entre elleux, interdiction de sortie de leur département, obligation à mener une vie normée, pointage au commissariat et bien sûr la menace d’une surveillance continue. Pour notre ami encore enfermé que l’on maintient à l’isolement et qui subit cette « torture blanche », c’est un moyen de pression supplémentaire que l’autorité de l’administration pénitentiaire et de la justice réserve depuis longtemps à celleux qu’elle voudrait détruire.

Ces attaques contre nos ami.es doivent être prises au sérieux malgré leur absurdité, car la violence de celles-ci n’est qu’un moyen de nous terroriser largement.

Les poursuites contre les personnes arrêté.es et mises en examen le 8 décembre pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteintes aux personnes » doivent cesser immédiatement. La détention de Libre Flot, notre ami, camarade et compagnon doit finir au plus vite. Cette répression auquel nous faisons face à un coût moral, financier et politique et la solidarité est l’unique force sur laquelle nous pouvons compter. En gardant en tête que la solidarité est toujours criminalisée, que les inculpé.es encore entre les mains de la justice ne peuvent être tenu.es responsables des propos et actions de leurs soutiens, de façon individuelle ou collective nous exprimerons notre solidarité partout autour de cette date du 8 décembre ! Relayez notre appel, les lettres de Libre Flot, le blog des comités de soutien et leurs publications et exprimez votre solidarité partout !

Ni innocente.es, ni coupables ; ni héro.ines, ni martyr.es, nous continuerons de soutenir les personnes réprimées par l’État.

Les soutiens de Toulouse & le Comité de soutien Francilien aux Inculpé.es du 8 décembre contact : laisseznousdanser@riseup.net 1ere Lettre depuis l’isolement d’avril 2021 2eme Lettre depuis l’isolement été 2021