Grande Marée Postale Contre l’Isolement

L’article 3 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme stipule : « Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants » , or comme nous le savons, les lieux d’enfermement (prison, CRA, hôpitaux psychiatriques) pratiquent la torture quotidiennement sous diverses formes.

«La torture est une relation, un rapport de force au détriment de la victime, visant à son asservissement, sa déshumanisation » d’après le Comité Européen pour la Prévention de la Torture, qui précise dans son 21e Rapport Général (2011) que « la mise à l’isolement peut, dans certaines circonstances, constituer un traitement inhumain et dégradant » et qu’ « elle devrait être de la durée la plus courte possible».

Depuis plus de 6 mois, un des 7 inculpé.es du 8/12 est maintenu sans motif valable à l’isolement total. Dans une lettre qu’il a fait parvenir à L’Envolée, lue lors de l’émission du 7 mai, il nous partage:

 » L’être humain étant un animal grégaire, le lien social est pour lui-elle un besoin vital. L’isolement s’apparente donc à de la torture. Non pas une torture physique existant par un fait ou un acte, mais une torture plus pernicieuse, invisible, permanente existant par cette absence continue. »

« Je pense que nous construisons notre vision de soi par ce que nous renvoie les autres, mais comment exister quand il n’y a pas d’autres ? Quand les autres ne nous voient même pas ? L’isolement aurait-il pour but l’annihilation de soi ? Avant même d’être jugé, je devrais cesser d’exister ? »

Le 8 JUIN prochain, le directeur interrégional de l’administration pénitentiaire devra décider, après avis du médecin de la prison et du juge d’instruction, de reconduire ou non cette mesure. C’est pourquoi nous vous invitons, ami.es et camarades, à participer/organiser rapidement des actions de soutien pour mettre un terme à l’acharnement carcéral contre lui.

Le Code de Procédure Pénale stipule qu’en raison des « dommages qu’il peut causer à l’état de santé mentale, somatique, et au bien être social des détenus, […] l’isolement ne doit être utilisé que dans des circonstances exceptionnelles, en dernier ressort, et pour la durée la plus courte possible. » (Art. R. 57-7-68) mais surtout, il prévoit que l’autorité qui a pris ou prolongé la mesure, d’office ou à la demande de la personne détenue, peut y mettre fin à tout moment. (Art. R. 57-7-76)

Nous vous invitons à participer au plus vite à notre Grande Marée Postale !
Vous pouvez télécharger nos visuels de Cartes Postales contre l’Isolement, les imprimer afin de les remplir et de nous les faire parvenir (dans une enveloppe), nous les transmettrons ensuite rapidement au camarade incarcéré.

Ces cartes seront lues par le juge d’instruction et par l’administration pénitenciaire. Pour la sécurité de leur destinataire, merci ne pas injurier ou menacer le système pénal, ses membres et son monde dans vos messages (tout « acab » ou autre « crêve la taule » sera crapuleusement censuré)

Télécharger les Cartes Postales:

Envoyer aux Comités de soutien:

-> Comité 8/12 Francilien – L.A.P. 393 rue de Vaugirard 75015 PARIS

-> comité812 Rennes chez la CNT 35 , BP 30423, 35004 Rennes Cedex.

-> Ami.es de Toulouse – Itinéraire Bis – 22 rue Périole – 31500 Toulouse

-> Comité Amiens –

Vous retrouverez ici la lettre de Libre Flot depuis le Quartier d’Isolement de Bois d’Arcy et l’émission de l’Envolée du 7 mai :

Force et Courage aux camarades incarcés !! <3

Le Club de Mediapart – De Tarnac à Cubjac, qui dit que la jeunesse n’avait pas de projet ?

« Au nom de la division pré-crime du district fédéral de Colombia, je vous arrête pour le futur meurtre que vous alliez commettre aujourd’hui 22 avril à 8h04 du matin » (Minority Report)

Le 8 décembre dernier, après plusieurs mois d’une savante « information judiciaire », neuf personnes sont interpellées à Cubjac, Vitry-sur-Seine, Rennes et Toulouse au motif de leur participation supposée à une « association de malfaiteurs terroriste criminelle », selon une source judiciaire qui ne manque pas d’adjectifs. La terrible « mouvance d’ultragauche » s’apprêtait donc de nouveau à sévir. Deux personnes sont laissées libres sans charges, deux sont placées sous contrôle judiciaire et cinq sont incarcérées jusqu’au jour où nous écrivons. La République, une fois de plus, est sauve.

L’opération de police menée avec brio arrive à point nommé. La police française vient en effet de démontrer par deux fois son talent inégalable pour se ridiculiser. Alors que le Parlement essaye de faire passer la loi « sécurité globale » qui interdit entre autres de filmer les forces de l’ordre, on les voit le 24 novembre démanteler à la matraque un camp de migrants en plein Paris avant de s’adonner à une chasse à l’homme, puis le 27 décembre rouer de coups un producteur de musique noir dans son propre studio. Et si on voit les brutes se déchaîner, c’est précisément qu’elles ont été filmées.

Sur les crânes des ronds-de-cuir, on dût s’arracher les derniers cheveux pour trouver comment faire diversion. Il était temps de ressortir l’ultragauche terroriste du placard, d’agiter le fantasme des intentions d’envisager de projeter des attentats contre la République et en somme de protéger tous les citoyens contre les crimes de pensée. Aussitôt les arrestations faites, on apprit donc en toute logique que « le meneur était ancré dans une idéologie prônant la révolution ». Diable !

Si nous décidons d’écrire ce communiqué – bien que nous ne connaissons pas les personnes incarcérées –, de créer un comité de soutien aux inculpé.es, et d’appeler partout à multiplier les marques de solidarité, c’est que cette histoire nous rappelle étrangement la nôtre, ici, à Tarnac. Il y a 12 ans, des proches, des amies, des sœurs, des compagnons, se sont fait « enlever » par les services de police dans notre petite commune de Corrèze, brutalement sortie de l’anonymat pour servir la communication du cabinet de la ministre de l’Intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie.

Tous les mauvais récits ont des airs de famille. Et ceux de l’imagination policière sont aussi frustes que sa brutalité. Voyez plutôt comme on nous ressert la même soupe rance : « Coup de filet dans l’ultragauche » ! « Ils préparaient un projet d’action violente » ! Mais attendez le décor, les éléments d’ambiance et les personnages. Le tableau général est grossier, macho, ringard, comme la boîte crânienne des fonctionnaires assermentés. Posez d’abord un leader, passionnément violent, puisqu’il est parti combattre Daech au Rojava. Ajoutez-y une compagne discrète, qui a naturellement été embrigadée. Et puis le bras droit, également violent et dangereux : il est artificier à Disney Land. Enfin le bras gauche, trouble et nomade : il aurait voyagé en Amérique latine. Quelques jeunes recrues fanatisées… Mélangez le tout et ajoutez l’épice : un fascicule explosif, la preuve des preuves, la charge des charges. En 2008, c’était « L’insurrection qui vient », en 2020 : « Comment créer et entraîner une unité milicienne ».

Aucun acte ne leur est reproché, excepté celui d’avoir projeté, et on sait bien où mènent les mauvaises pensées. On commence par écrire ACAB sur un banc d’école, on porte un tee-shirt Che Guevara, on déteste les milliardaires et on finit par poser des bombes. Heureusement, les hommes de bonne volonté savent deviner et pister les crimes de pensée. « Chaque jour, les femmes et les hommes de la DGSI protègent la République contre ceux qui veulent la détruire. Merci, une nouvelle fois, pour leur action contre ces activistes violents de l’ultragauche. » Merci Darmanin. Pour un peu, on oublierait que tu es soupçonné d’abus de confiance, de harcèlement sexuel et de viol. Encore quelques épisodes de ta série policière et on oubliera que toi et tes copains vous formez une association de malfaiteurs.

Après douze années de lutte acharnée, l’affaire dite de Tarnac s’est soldée par une relaxe et la phrase d’aveu du procureur, que l’on n’oubliera pas : « Le groupe de Tarnac n’existe pas… ». Mais entre temps, il y eut toute une suite de malfaiteurs, de malfaiteurs associés, d’associations de malfaiteurs, d’associations de malfaiteurs criminels, etc. Depuis, l’antiterrorisme n’avait plus découvert de cellule terroriste d’ultragauche, et peut-être ses chefs avaient-ils juré qu’on ne les y reprendrait plus. Mais voilà, la police est au plus mal, elle a besoin d’éclat. Et l’institution tente toujours de prendre ses revanches. « C’est un peu le match retour après Tarnac », confie un magistrat proche de l’instruction.

Les inculpé.es se défendront comme ils l’entendent et nous les soutiendrons. Comme le disait Foucault en 1981 : « Se défendre, c’est refuser de jouer le jeu des instances de pouvoir et se servir du droit pour limiter leurs actions. Ainsi entendue, la défense a valeur absolue. […] On ne se défend qu’au présent : l’inacceptable n’est pas relatif ». Mais au présent, justement, nous avons déjà tout à faire pour les soutenir. Le pouvoir joue la partie de la discrétion et de l’occultation. Craignant probablement un second fiasco, il ne fait pas le malin dans les médias. Il compte sur les règlements, les dossiers et les serrures, il compte sur la justice des oubliettes. Il fait tourner la grande machine à disparitions.

Pensons aux Indiens des plaines d’Amérique du Nord à qui Lévi-Strauss exposait notre système carcéral et qui jugeaient, horrifiés, que cette façon de faire est barbare, car elle met les hommes au secret et les enterre dans le silence du béton. Par tous les moyens possibles, nous devons faire savoir aux inculpé.es qu’ils ne sont pas seuls, et à l’appareil médiatique policier, que son récit est bouffon. Que chacun, chacune, là où il est, là où elle peut, trouve des manières financières et morales de les soutenir et que se multiplient les comités de soutien.

LIBÉRATION IMMÉDIATE DES INCULPÉ.ES DU 8 DÉCEMBRE !
5 février 2020, depuis le plateau de Millevaches, le comité de soutien de Tarnac

Les invités de Mediapart – Féministes, nous luttons contre la répression d’État

Des intellectuels et des artistes, dont Françoise Vergès, Isabelle Stengers, Paul B. Preciado et plusieurs collectifs féministes s’allient pour affirmer « leur peur et leur colère face à la course sécuritaire menée par le gouvernement », et réclamer la libération des militants arrêtés le 8 décembre 2020.

Le 8 décembre dernier, sept personnes ont été arrêtées et mises en examen pour association de malfaiteur terroriste « en vue d’attaques contre les forces de l’ordre ».

Seulement, de l’aveu même des services de police et/ou du parquet qui ont fait fuiter des morceaux de l’affaire dans la presse, aucun projet concret d’« attentat » ne leur est pourtant attribué. Dans cette construction digne de Minority Report, la justice prédictive n’a besoin que du rapprochement de faits mineurs voire anodins1 , d’un prétendu groupe (alors que les sept inculpé·e·s ne se connaissent pas tous entre eux) et d’une idéologie, qualifiée « d’ultragauche ».

Derrière cette étiquette policière, c’est tout un panel d’idées et de pratiques qui est ciblé, notamment celles qui luttent contre les oppressions systémiques.

En tant que partie prenante du mouvement féministe, nous tenons à nous solidariser avec les personnes interpellées et à dénoncer les diverses formes de répression politique qui cherchent à museler nos luttes2.

Au nom de l’antiterrorisme, la justice française permet qu’on arrête, enferme et condamne des personnes pour de simples suspicions d’intentions.

Durant les 96 heures de leur garde à vue, la DGSI aura d’ailleurs posé plus de questions sur leurs opinions politiques (que pensent-elles·ils du véganisme, de la politique gouvernementale, de l’antifascisme, des violences policières ?) que sur des faits précis qui pourraient leur être reprochés.

Sur ces bases, la justice maintient cinq des sept inculpé·e·s depuis trois mois en détention provisoire, sous le dur régime des « détenus particulièrement signalés » : restriction des visites et du courrier, isolement sévère, réveil toutes les deux heures, limitation de l’accès aux maigres activités qu’offre la prison, humiliation de la fouille à nu à chaque parloir.

L’affaire du 8 décembre est une illustration de plus de la fonction très politique et des ressorts fondamentalement paradoxaux de l’antiterrorisme : il ne s’agit pas de combattre la peur, mais d’en faire un moyen de gouverner. En commençant par la répandre le plus possible, si besoin en inventant une menace de toute pièce, comme c’est le cas ici. En désignant ensuite la figure de qui nous devons avoir peur, ce qui permet à la fois de stigmatiser des parties de la population et d’invisibiliser le fond du problème.

Enfin, en exerçant une répression féroce, ce qui accrédite la menace et fait monter le niveau de tension.

En tant que féministes, nous identifions bien certains de ces ressorts. Nous avons l’habitude que le pouvoir joue avec nos peurs. Peurs d’être pris·e·s pour cible par des fanatiques, peur de nous faire violer dans une ruelle sombre.

Oui nous avons peur.

En tant que femmes, hommes trans ou personnes non-binaires, on nous a scrupuleusement appris à avoir peur, à voir nos corps comme vulnérables et soumis à n’importe quel désir de possession.

Pourtant, aujourd’hui, ces mensonges ne prennent pas. Les peurs qui nous habitent ne sont pas celles qu’on veut nous construire.

Nous avons peur du fascisme, auquel ce gouvernement est en train d’ouvrir la voie. Un fascisme dans lequel nos libertés de femmes, hommes trans ou personnes non-binaires, n’auront plus aucune place, si ce n’est celle d’être la « femme de » quelqu’un. (Il est notable que dans le traitement médiatico-policier des dernières affaires antiterroriste concernant « l’ultragauche », il n’a pas manqué de journalistes d’un autre siècle pour décrire les femmes impliquées comme des personnes sous l’influence de leur compagnon).

Nous avons peur de la police. Parce que ses marges de manœuvres semblent sans limite, y compris celles de nous humilier, de nous violer, de nous tuer – tant son impunité est scandaleuse. Parce qu’elle est armée et compte en son sein un nombre non négligeable de conjoints violents et de fascistes.

Depuis différentes positions sociales et politiques, nous nous allions aujourd’hui pour affirmer ensemble notre peur et notre colère face à la course sécuritaire menée par le gouvernement.

Militant·e·s, universitaires, chercheur·euse·s, activistes, travailleur·euse·s sociales, artistes, nous sommes féministes. Et alors que les mouvements féministes n’ont jamais été aussi massifs et puissants, nous souhaitons réaffirmer que nous ne sommes pas dupes du patriarcat qui est au fondement même de l’État qui nous dirige.

Une ligne d’écoute privatisée ou un Grenelle ne nous feront jamais oublier l’invisibilisation des personnes trans et non-binaires, les violences institutionnelles et l’enfermement subis par les personnes exilées, la criminalisation des travailleur·euse·s du sexe, la valorisation de la violence sexiste et de la virilité, la décision de ne protéger que certains corps.

Sur cette base, nous affirmons nous opposer :

– À la loi « sécurité globale », qui donne toujours plus de pouvoir à la police. Alors qu’il n’est plus possible pour personne de nier les violences policières, le gouvernement augmente la possibilité de la surveillance de masse par tous les agents de la sécurité. Renforcer la police, c’est renforcer le patriarcat d’État dont elle est le bras armé. Le texte prévoit de toujours plus pénaliser les moyens à disposition des luttes pour s’en défendre. Nous refusons de laisser la police nous filmer, les agents de sécurité nous palper.

– Au « féminisme » d’État, qui transforme nos souffrances en prétexte à la pénalisation et au sécuritarisme. Nous n’accordons aucune confiance aux sphères étatiques qui refusent de voir que le viol est une culture, la domination une éducation. Si nous reconnaissons que la justice permet à certaines victimes de trouver une sorte de réparation, nous ne doutons pas que le système pénal privilégiera encore et toujours les dominants, quand les corps racisés seront les coupables idéaux. Pénaliser les actes sexistes ne les empêchent pas, et la question reste inaudible pour le gouvernement : que faut-il faire pour empêcher les hommes de violer ? Le projet de loi contre le séparatisme illustre bien ce « féminisme » d’État : que viendra résoudre l’interdiction des certificats de virginité ou une énième loi sur le voile, à part réduire nos libertés en renforçant le contrôle sur nos corps et alimenter l’islamophobie en prétextant une fois de plus nous libérer ?

– À la répression des mouvements de lutte qui s’abat sur celles et ceux qui se mobilisent contre ce monde patriarcal, à travers la répression juridique et la violence physique. Violence physique « contrôlée », qui est la base de la virilité policière. Répression juridique pour laquelle des militant·e·s politiques sont désormais des « terroristes », diabolisé·e·s comme ultra-violent·e·s quand des groupes d’extrême droite tabassent des rassemblements féministes en toute impunité.

Les arrestations du 8 décembre servent opportunément de contre-feu au large mouvement mondial de remise en cause de la police. Mouvement, est-il besoin de le rappeler, dont les figures de proue sont des femmes.

Nous avons le courage de dire nos peurs avec force, et nous appelons toutes celles et ceux qui agissent pour la destruction du patriarcat :

– à militer pour la prévention, l’auto-défense, l’empowerment et la construction d’une justice transformatrice,

– à soutenir toutes celles et ceux qui sont touché·e·s par la répression, et à refuser que la catégorie de terroriste puisse servir à briser celles et ceux qui militent contre la violence de l’État3

– à réclamer en conséquence la libération des cinq personnes encore incarcérées en détention provisoire depuis le 8 décembre.

Notre sororité est notre force,

Signataires :

Françoise Vergès, Isabelle Stengers, Paul B. Preciado, Elsa Dorlin, Isabelle Cambourakis, Emilie Hache, Nathalie Quintane, Nacira Guenif, Emilie Noteris, Wendy Delorme, Naruna Kaplan de Macedo, Isabelle Frémeaux, Hourya Bentouhami, Anne Emmanuelle Berger, Tissot Sylvie, Jules Falquet, Yala Kisukidi, Valérie Rey Robert, Fatou Dieng, Awa Gueye et le collectif Vérité et Justice pour Babacar, Aurélie Garand et le collectif Justice pour Angelo, Nous Toutes 35, collectif toutes en grève 31, Marseille Féministe, collectif Nous Toutes 76 Le Havre , Union Pirate, Les Enlaidies, UCL

1Pour plus de précisions sur l’affaire, voir le site du comité : https://soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org/

2Voir aussi la tribune de soutien rédigée par des combattant·e·s francophone du Rojava, alors que l’un des leurs est inculpé dans cette affaire : https://lundi.am/Operation-antiterroriste-du-8-decembre

3.cotizup.com/soutien-8-12

Communiqué de l’équipe du Lycée Autogéré de Paris en soutien aux inculpé.e.s du 8 décembre

Depuis le 8 décembre 2020, sept personnes sont inculpées et cinq sont toujours détenues dans plusieurs maisons d’arrêt d’île-de-France pour association de malfaiteurs à caractère terroriste, sans que les charges retenues contre elleux soient clairement définies.
Les membres de l’équipe du LAP dénoncent cet abus de pouvoir et appellent à la libération de toustes les prisonnier.es.

Depuis la loi du 4 janvier 1993, le droit français n’utilise plus le terme «d’inculpé.e». Pour souligner l’importance donnée à la présomption d’innocence l’institution judiciaire parle à la place de «mis.e en examen».

L’article 6 de la convention européenne des droits de l’homme affirme ce principe : «Toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie».

Pourtant l’infraction d’association de malfaiteurs terroristes reprise dans la loi de 1996 s’accorde mal avec ce principe. En effet, en étant poursuivi.e de «participation à une association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme ayant pour objet la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteintes aux personnes» (AMT), les soupçons servent à incriminer.

Le blogger Maître Eolas le confirme. Il cherche en vain une décision d’acquittement parmi les centaines de mise en examen dans le cadre d’une AMT.

De plus, la loi définie par l’article 450-1 du Code pénal sert de fourre-tout et l’anti-terrorisme permet de poursuivre et réprimer les luttes sociales : affaire Tarnac, militant.e.s accusé.e.s pour de la mousse expansive dans les bornes de validation du métro rennais, poursuites parmi les anti-nucléaires à Bure suite aux dégradations de l’hôtel-restaurant de l’Andra…

Le 8 décembre 2020, c’est au tour de neuf personnes de se retrouver inculpées dans un coup de filet anti-terroriste : arrestations à l’aube, gardes à vue de 96h, interrogatoires sans relâche, tête encagoulée pour les déplacements, perquisitions, prison préventive avec régime spécial et deux gardiens assignés par détenu… L’arsenal est impressionnant et violent.

Puisque c’est une intention prêtée à ce que la police présente comme un groupe «d’ultra-gauche» qui est poursuivie, les éléments à charge ne se relient qu’à la lecture d’un récit brodé : utilisation de messageries chiffrées, retour des combats au Rojava au côté des YPG pour l’un d’entre eux, métier d’artificier pour un autre, idées anticapitalistes… Cela suffirait à démontrer les intentions violentes du groupe.

S.G. qui fait partie des 5 toujours en détention provisoire était élève au lycée autogéré de Paris il y a vingt ans. Il y affirmait ses pensées anti-autoritaires et son goût pour les groupes punks.

Nous dénonçons une utilisation abusive du régime anti-terroriste et de la détention préventive.

Nous appelons à la libération immédiate des cinq en prison et à la déqualification du caractère terroriste des poursuites.

Les membres de l’équipe du LAP – 30 mars 2021.

Soutien aux inculpé.e.s du 8 décembre 2020!

Soutien aux inculpé.e.s du 8 décembre 2020!

Publié le 24 mars 2021, Paris-Luttes.info

Depuis plus de trois mois, sept personnes sont mises en examen et cinq d’entre elles croupissent dans plusieurs prisons d’Île-de-France pour «association de malfaiteurs à caractère terroriste». Leur crime? Partager des idéaux d’émancipation et de justice sociale.

Le 8 décembre 2020 à l’aube, s’est déployé simultanément dans plusieurs villes de France un «coup de filet anti-terroriste», donnant lieu à l’arrestation et la garde à vue pendant 96h de neuf personnes, présentées comme appartenant à ce que la police et le pouvoir politique désignent comme étant «l’ultra-gauche».

Depuis le premier jour de leur incarcération les cinq détenu.e.s sont toustes DPS (détenu.e.s particulièrement surveillé.e.s), c’est-à-dire soumis.e.s à un régime de détention strict, avec son lot de brimades et de privations (rétention aléatoire des courriers et des colis, absence d’activités collectives, impossibilité d’accéder à une formation ou à un travail, déplacements obligatoirement encadrés par deux surveillants, fouille au corps après chaque parloir…)

Le terme «d’ultra-gauche» est utilisé à dessein pour servir de repoussoir, sans jamais que soient définis sérieusement son contenu politique ni ce qu’il recouvre. Il résulte d’une construction policière, médiatique et politique visant à décrédibiliser en la criminalisant toute opposition progressiste un tant soit peu radicale.

Le chef d’inculpation «d’association de malfaiteurs à caractère terroriste» peut recouvrir aussi bien des intentions que des faits, faisant fi des preuves matérielles, ici très maigres et agrégées dans le seul but de servir le récit policier. Tout laisse à penser que leur adhésion supposée à des idées anticapitalistes et antiautoritaires a généré la croyance en leur culpabilité. Ce dossier semble illustrer parfaitement le biais de confirmation qui consiste à inverser le processus de jugement, partant d’une conviction que l’on cherche à étayer à tout prix.

Des «lois scélérates» il y a plus d’un siècle au fiasco de l’affaire Tarnac, le pouvoir politique a toujours cherché à réprimer les acteurs des luttes pour l’émancipation en les faisant passer pour «terroristes», les présentant comme faisant preuve d’une violence aveugle, irrationnelle et sectaire, sans jamais interroger sa propre violence et ses conséquences concrètes dans chaque parcelle de la vie de chacun.e.

Cette affaire est fondamentalement politique, elle vise à museler toute opposition et à terroriser les acteurs des luttes tels les militant.e.s libertaires et anti-autoritaires, syndicalistes, zadistes, et tout groupe ou personne aspirant à la sortie du capitalisme et son cortège d’injustices sociales, économiques, sexistes, racistes et validistes. Elle intervient dans un contexte qui voit se lever de nombreuses voix et un front large en opposition aux lois de surveillance et de contrôle toujours plus liberticides (loi Sécurité globale, loi séparatisme, Livre blanc de la sécurité intérieure, décrets PASP…).
Ces arrestations arbitraires prennent donc place dans un agenda politique, dont le but est de criminaliser toute contestation. Elles constituent un avertissement et font planer une menace visant à nous enfermer un peu plus chaque jour dans le défaitisme, la peur et la sidération.

Cela n’arrive pas qu’aux autres, désormais chacun.e d’entre-nous peut se retrouver en détention préventive, après 96h de torture blanche.
Nous avons tou.te.s des opinions politiques et des convictions, ce n’est pas un crime.
Nous croisons tou.te.s des centaines de gens chaque année, ce n’est pas un crime.

Ne nous laissons pas impressionner et refusons de nous laisser enfoncer dans un autoritarisme chaque jour croissant et plus répressif!
Nos camarades ne doivent pas sombrer dans l’oubli, réaffirmons notre soutien aux inculpé.e.s du 8 décembre! Liberté pour toustes!
Soutien aux inculpé.e.s du 8 décembre
Comité francilien

Aujourd’hui
Cela fait maintenant trois mois et demi qu’iels sont détenu.e.s et les demandes de remises en liberté ont toutes été rejetées.
La maltraitance institutionnelle dont iels font l’objet ne vise qu’à les briser. Jusqu’ici rien n’a pu justifier la débauche de moyens mis en œuvre pour les réprimer.

Vous pouvez nous aider à mettre en lumière cette affaire :

  • en diffusant cette newsletter
  • en nous adressant des contacts intéressés par l’écriture de textes sur les lois d’exception, le traitement du terrorisme en politique intérieure, la société disciplinaire, etc.
  • en nous aidant à analyser les processus juridiques à l’œuvre

Cagnotte pour permettre aux détenu.e.s de cantiner et de payer leurs frais d’avocats : https://www.cotizup.com/soutien-8-12
Mails des comités francilien et rennais :
soutien-8dec@riseup.net
comiterennes8decembre@riseup.net
facebook.com/Comité-de-soutien-rennais-aux-inculpées-du-8-décembre-101138728633495
Blog des comités de soutien aux inculpé.e.s du 8 décembre : http://soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org/
Articles et émissions :
Antiterrorisme et Ultragauche : la gouvernance par la peur  | 19 février L’inculpation d’un groupe de personnes sur la base de soupçon pour « association de malfaiteurs à caractère terroriste » accompagne une opération de communication et un arsenal législatif visant à criminaliser les mouvements (…) https://lenvolee.net/taoufik-mort-a-la-prison-de-perpignan-marche-blanche-pour-jimony-mort-au-cd-de-meaux/
https://acentrale.org/journal-des-antennes/2021-02-06
https://lundi.am/Operation-antiterroriste-du-8-decembre
https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/050121/repression-d-etat-nous-ne-cederons-ni-au-chantage-ni-la-peur
https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/une-spectaculaire-operation-antiterroriste-fait-pschitt-a-ustaritz-1615831712